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Parution: Adrienne Dimakopoulou, Fragments. Itinéraires d’une pensée inquiète. Textes rassemblés, révisés et traduits sous la direction d’Angela Castresana et Ioanna Beopoulou, éditions Hermann, Paris, juillet 2021. Préface de Renée Koch Piettre, postface d’Anne Brunswic

« Je n’aurais jamais imaginé que les études classiques me seraient aussi utiles pour comprendre le monde où nous vivons… » Les articles qui composent ce singulier recueil, rédigés durant un demi-siècle, à première vue disparates, semblent ordonnés par une nécessité intérieure. L’auteure nous offre une lecture étonnante et inattendue des actions des hommes, des évènements quotidiens, parfois intimes. Elle déplace notre regard sur le monde qui nous entoure et nous le donne à voir sous un jour neuf, qui fait vaciller les opinions et les certitudes acquises. Elle attire notre attention sur les relations organiques et causales entre langue, pensée, conscience et action. Un mot se détache, un signifiant est posé et le monde se trouve dilaté. Le monstre devient prodige et les larmes des femmes, leur voix, leur colère se fraient un chemin. La richesse de ces textes, l’originalité de la pensée de l’auteure et l’intelligence poétique de son écriture nous émeuvent et nous inspirent.

Voir sur https://www.editions-hermann.fr/livre/9791037008619

 

Coronassassinats

Le somatiquement correct ne saurait justifier les meurtres économiques et/ou les assassinats d’âmes


 


Les Grecs pour désigner la vie utilisaient deux mots :

- d’une part zoé qui correspond à la vie animale ;

- d’autre part bios, spécifique aux êtres parlants et qui correspond à la vie dans la cité (la polis), la vie politique, sociale etc.

 

Aujourd’hui le sanitairement correct l’emporte sur tous les autres discours et en son nom sont bâillonnées[1] des populations entières astreintes à résidence et ne pouvant y déroger que munies d’une laisse administrative[2] appelée attestation dérogatoire, dans le cadre d’un état d’urgence sanitaire, c’est à dire d’un état d’exception.

 

Le citoyen s’en trouve donc réduit à une sorte de « vie nue », confiné dans sa plus ou moins jolie boîte s’il en a une à sa disposition.

 

Mon travail de médecin m’a appris que le remède pouvait aussi être le poison et que toute décision thérapeutique devait peser l’avantage d’un traitement sur ses inconvénients.

Nul doute que les remèdes de cheval de nos docteurs Knock tueront économiquement les plus fragiles dans nos cités, et ce bien au-delà des commerçants et entrepreneurs poussés à la faillite qui ont, malgré tout, via leurs organisations, la possibilité de faire entendre leur détresse.

 

Dans leur grande bienveillance, nos docteurs Knock modernes entrouvrent les cages du confinement pour, disent-ils, « accéder à l’essentiel ».

La sémantique est ironique, car cet essentiel n’est que le nécessaire à la vie animale, la zoé (faire ses courses de première nécessité), ce qui est la moindre des choses ! Alors que l’« essentiel » à une vie digne est globalement interdit, à commencer par la culture  (que ce soit à travers les bibliothèques, les concerts, la danse, les expositions, le sport, etc.) ou amputé avec la distanciation, promue à un acte d’amour[3], qui réduit les relations et interactions sociales.

« En même temps »[4] nous assistons à une promotion insistante de la virtualisation de la vie via les outils de communication (télétravail, télé-enseignement, télémédecine), le tout accompagné des voix continues de la médiasphère disant en quelque sorte que la vie c’est la mort[5] et effectuant un véritable lavage de cerveau qui empêche fortement de penser autrement et perpétrant par ce faire d’innombrables assassinats d’âmes.

Le psychiatre que je suis est bien placé pour dire que quand les voix entendues commandent la pensée et intiment une conduite obligée, cela s’appelle un délire.

Ce conditionnement, via le sanitairement correct, ne saurait être anodin et sans conséquences.

Pierre Fichet le 14/11/2020.











[1]    Ce masque sanitaire a une fonction de bâillon qui semble assez efficace, ne serait-ce que par le constat de l’extinction de la plupart des manifestations de contestation.




[2]    L’humiliation est une technique de gouvernement habituelle dans les régimes totalitaires. À cet égard la Suède, en conseillant et non en imposant et réprimant  apparaît infiniment plus respectueuse de ses citoyens.




[3]    « Quand on aime ses proches, on ne s’ en approche pas trop » : phrase typiquement orwellienne.




[4]    Ça me rappelle quelqu’un qui se pensait aussi « Maître de horloges », vraisemblablement fasciné par la marche au pas sous ordonnance.




[5]    C’est le sens implicite du « restez chez vous », sous-entendant le risque de mort pour qui oserait bouger.


Memoires_de_la_terre

Parution: Mémoires de la terre. Études anciennes et comparées, éd. Jérôme Millon, septembre 2019

Mémoires de la terre_Annonce

Parution le 19 septembre 2019

Cet ouvrage coordonné par Renée Koch Piettre, issu d'un programme dirigé par Odile Journet, Renée Koch Piettre et Danouta Liberski-Bagnoud, outre le patronage du Laboratoire d'excellence HASTEC, a bénéficié d'une subvention de l'association Apolis. Il comprend un article de Pierre Ginésy, "Ma blessure me préexistait", p. 397-416, et un article d'Adrienne Dimakopoulou, "La Sagesse de la Terre", p. 61-78.Memoires_de_la_terre

Pierre Ginésy, « Es lässt sich nicht lesen »

Cliquer ici pour afficher le texte intégral: Ginesy, “Es lässt sich nicht lesen”


À propos de  « Es lässt sich nicht lesen*»


* " ça ne se laisse pas lire"


Eh bien si ! ça se laisse lire, si vous voulez bien…

Le texte de Pierre Ginésy nous convoque avec son style « percussif » à une réflexion plurielle. Spirale concentrique qui – si nous y consentons – nous amène, à travers la pensée d’auteurs divers, à délivrer quelques fantômes sur le drapé de la langue. Chez Baudelaire / Poe par exemple.

Critique de l'homme géométrisé, arraisonné aux chiffres, menotté.

Les effets restent dans l'obscurité :

a) Effets dans la médecine : livre d’A.R. – maladie de Huntington dont la mère est atteinte et qui est transmissible.

Le test est destructeur en lui même (p. 2) en tant qu'il fait que celui qui s'y soumet est hanté par la supposition que le mal l'atteindra. Intrusion du nombre dans le corps ! Ce n'est pas une technique, mais une machine à construire du destin, des énoncés de malédiction (p. 4).

b) Nous déposséder du plus singulier : notre propre mort qui est comme volée, cachée derrière les accumulations de données médicales.

Pierre GINESY se décale de ces notions impersonnelles, du « on », pour rejoindre Deleuze dans son concept de déterritorialisation.

Quels effets sur le corps lui même ?

Exemple éloquent des maladies cardiaques, la mortalité étant plus élevée chez les personnes ayant suivi un protocole préventif.

Contre Heisenberg :

Le sujet étouffé, transformé en fantôme, le nombre, l'évaluation transforment le corps vivant en fantôme.

Pierre Ginésy renvoie très précisément donc au témoignage  de A.R. dans son livre Dingdingdong 2012 et montre comment les statistiques noient le sujet, qu'il soit malade ou pas.

L'utilisation du chiffrage dans les camps nazis – où l'on pouvait, pour que les chiffres tombent juste, tuer quelques prisonniers ou en faire d'autres supplémentaires dans une ronde infernale – la machine à tuer doit tourner rondement.

Nous pourrions risquer que ce qui se passe au sein du marché du travail est équivalent. (On licencie, on propose la retraite anticipée mais on ne renouvelle pas, il y a là un piège évident – le chiffre vient masquer l'abominable réalité).

Pierre Ginésy renvoie également à l'excellent livre de D. Sangsue, Fantômes, esprits et autres morts vivants, Corti 2011.

Bonne lecture !

Geneviève Leroy.

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Ceija Stojka, Sans titre

Une exposition à ne pas manquer – à Paris, à la Maison rouge (M° Quai de la Rapée), à partir du 22 février 2018.

cf. http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/02/24/ceija-stojka-a-la-decouverte-d-une-artiste-rom-et-deportee_5085087_4497186.html#fTyUyt5WiOEJPJPl.99

Nous empruntons ici cette peinture qui sert d'affiche à l'exposition: l'œil d'une enfant Rom de 10 ans grand ouvert sur l'innommable quotidien des camps, Auschwitz, Ravensbrück, Bergen Belsen, qu'elle connut tous les trois et auxquels, avec sa mère, de coups de chance en miracles, grâce aussi à une extraordinaire force morale, elle survécut.

Le hache-viande, mais le regard d'une grand-mère vivace, qui le plus souvent peint avec ses doigts, sur l'enfant qu'elle fut et qui, sans se mentir à elle-même, savait encore jouer.

Elle avait grandi au grand air par les campagnes d'Autriche. Elle respirait la santé et l'amour. Que deviendraient, dans une semblable situation, tant de nos Roms d'aujourd'hui, brutalisés et chassés de partout, contraints à vivre parmi les immondices et l'air pollué des bretelles d'autoroutes...?

R.K.P.

« Acte fou, acte fol »…, parution d’un article de Pierre Ginésy

Cet article de Pierre Ginésy est paru en conclusion d'un ouvrage collectif édité par Catherine Darbo-Peschanski et Frédérique Ildefonse, sous le titre L'acte fou, aux éditions Classiques Garnier (septembre 2017). Pour une recension de l'ouvrage, voir: http://bmcr.brynmawr.edu/2018/2018-09-36.html



TABLE DES MATIÈRES

Frédérique Ildefonse, Introduction. Les fous en bateau . . .

Catherine Darbo-Peschanski, Formes des actes fous dans l’épopée homérique . . .

Renée Koch Piettre, Ce que peut la folie, l’aphrosunê (ἀφροσύνη) entre Aphrodite et la Mère des dieux. Euripide, Hippolyte 141-169 . . .

Charlotte Murgier, La folie au principe ? Descriptions et usages de l’acte fou chez Platon . . .

Ivonne Manfrini, Achille et le corps d’Hector. Actes fous en images ? . . .

Silvia D’Intino, La perte des Asura et le secret du sacrifice.
L’«acte fou» dans les récits des Brāhmaṇa . . .

Maria Grazia Masetti-Rouault, La valeur de l’extraordinaire. Stratégies de contrôle et d’intégration de l’incompréhensible dans la culture syro-mésopotamienne antique . . .

Pierre-Henri Ortiz, D’une folie à l’autre. Troubles du comportement et maladie spirituelle dans les discours chrétiens de l’Antiquité tardive . . .

Thomas Brisson, Le psychiatre et le renard. Acte fou, « désordre mental » et exorcisme dans le Japon du xixe siècle . . . 163

Odile Journet-Diallo, Quelques figures africaines de la « folie des dieux ». L’exemple jóola jamaat (Sénégal/Guinée-Bissau) . . .  183

Pierre Ginésy, Acte fou, acte fol... 209


Bibliographie ...................................... 219

Index des notions ................................... 233

Index des noms de personnes . . . . . . . . . . . . . . . 251

Index des personnages ............................... 253

Index des lieux ..................................... 255

Index des ouvrages cités . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257

Résumés des contributions ............................ 259

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Acte fou

Parution: Adrienne Dimakopoulou, PÁLIDO RUISEÑOR, trad. espagnole d’A. Castresana, 2017 et 2019

Juillet 2017: L'ouvrage d'Adrienne Dimokopoulou, Pâle rossignol (2010), a été traduit en espagnol par Angela CASTRESANA, sous le titre PÁLIDO RUISEÑOR. UN ESTUDIO SEMÁNTICO, et imprimé une première fois cette année 2017 par la traductrice elle-même, assorti d'un second volume intitulé EL MITO DE ADRIENNE (Paris, año 1993). Ce second volume détaille les étapes de la création, par l'artiste et traductrice, d'un panneau peint en 15 tableaux contant les épisodes du mythe grec du rossignol (Procné et Philomèle), offert à Adrienne Dimakopoulou en 1993.


Traduction publiée aux éditions KRK, Oviedo, 2019



Krk